Poufs aux sentiments

Création 2021-22

Conception, mise en scène, sculptures
Yvan Clédat & Coco Petitpierre

Avec

Ruth Childs
Sylvain Prunenec
(Les poufs)

Max Ricat
Coco Petitpierre
(Les buis)

Création sonore
Stéphane Vecchione

Lumières
Yan Godat

Robot
Yvan Clédat

Production : TWENTYTWENTY
Production déléguée : lebeau et associés

Poufs aux sentiments est une rêverie dont les réminiscences nous proviennent d’un monde lointain qui a témoigné d’un goût certain pour la théâtralité et l’artifice. Perruques, blanc de céruse, jardins à la française et Belle Danse sont alors les ingrédients d’un spectacle permanent où les corps costumés se mettent en scène dans la nature artificielle et géométrisée des jardins, eux-même conçus comme des théâtres de verdure.

Rose Bertin, ministre de la mode, invente pour sa reine de délirantes perruques appelées des poufs : de monumentales pyramides de faux cheveux ornées de rubans, de fleurs, de plumes, de bateaux, d’animaux morts, de portraits et autres bibelots improbables. Certaines ont vocation à commenter l’actualité (comme ce fameux pouf surmonté d’une maquette de voilier pour célébrer la victorieuse frégate Belle poule) d’autres encore sont conçues pour exprimer une humeur du moment : ce sont les poufs aux sentiments.

Bien avant les poufs, au début du XVIIe siècle, s’invente le ballet burlesque. Sa spécificité réside dans l’invention de costumes  extraordinaires formés de protubérance et de volumes énormes visant à fragmenter le corps organique. Cette figure du danseur modifié devient alors un projet artistique à part entière et, chassant le corps naturel,  le ballet burlesque s’émancipe ainsi de la pscychologie de l’action humaine. «En déformant les contours naturels du corps, ce sont surtout les costumes allégoriques qui dictent les mouvements du corps»*

Comment aurions-nous pu rester insensibles à cette lointaine et surprenante filiation avec ce que nous développons dans notre propre travail ?

Sur notre scène : un couple de créatures dont le corps est presque entièrement dévoré par une immense coiffure blanche, nuageuse et sophistiquée, évolue au milieu d’un jardin de buis taillés. Éden reconfiguré par l’art topiaire ou bien jardin d’Alice au pays des merveilles, ce jardin est mouvant, instable, et tout y prend vie. Les buissons se déplacent et se déforment, des buis anthropomorphiques s’animent, et même les sentiments semblent se donner à voir : comme de brusques pensées poudreuses, des jets de talc s’échappent sporadiquement du haut des coiffes, et retombant en pluie fine, blanchissent peu à peu le plateau. 

A l’instar des ballets burlesques, les costumes que nous inventons contraignent et modifient les corps des interprètes. Ils sont toujours les matrices d’un langage chorégraphique spécifique dont nous essayons d’anticiper les contours. Poufs aux sentiments s’inscrit dans ce fonctionnement mais nous souhaitons mixer ce langage encore à découvrir avec celui, connu et largement documenté, de la danse dite « baroque ».

Les principaux éléments scénographiques sont des volumes réalisés sur un principe de «housses végétales» à base de tulle froncé et de feuilles en tissus, qui viendront recouvrir des structures souples, ainsi que des praticables.  L’ensemble est donc relativement léger et surtout adpatable à différents espaces. Nous imaginons ainsi des modes de représentations plus performatifs,  dans des musées ou autres lieux sans véritable frontalité.

* Mark Franko, La danse comme texte, Idéologie du corps baroque