Le carnaval de Venise (création 2025)

Photos des répétitions (avril 2024). Costumes et scénographie en cours de fabrication. 3D préparatoires.

Le Carnaval de Venise, de André Campra
Créé le 28 février 1699 à l’Académie Royale de Musique (Opéra de Paris)
Livret de Jean-François Regnard

Mise en scène, scénographie et costumes
 Yvan Clédat et Coco Petitpierre

Direction musicale
 Camille Delaforge

Cheffe de choeur
Lucile De Trémiolles

Chorégraphie
Yvan Clédat, Coco Petitpierre, Sylvain Prunenec

Création lumières
Yan Godat

Assistante costumes
Anne Tesson

Assistante mise en scène
Françoise Lebeau

Assistant dramaturge
Baudouin Woehl

Distribution
Isabelle, Victoire Bunel
Léonore, Anna Reinhold
Orphée, David Tricou
Léandre, Sergio Villegas Galvain
L’Ordonnateur / Rodolphe / Pluton, Guilhem Worms

Chanteurs / chanteuses du Studio Il Caravaggio
Apolline Raï-Westphal,
Clarisse Dalles
Louise Roulleau
Laura Jarrell
Benoit-Joseph Meier
Jordan Mouaissia
Léo Guillou-Keredan
Alexandre Adra

Interprètes chorégraphiques
Marie-Laure Caradec
Max Fossati
Julien Gallée-Ferré
Marie-Charlotte Chevalier
Sylvain Prunenec

Ensemble Il Caravaggio / Direction Camille Delaforge :
20 instrumentistes en fosse

Fabrication décors et costumes, Opéra de Rennes

Production de la co[opéra]tive : Les 2 Scènes / Scène nationale de Besançon, Théâtre Impérial – Opéra de Compiègne, Théâtre de Cornouaille / Scène nationale de Quimper, Opéra de Rennes, Théâtre Sénart / Scène nationale, Atelier Lyrique de Tourcoing
Coproduction : Centre de Musique Baroque de Versailles, Ensemble Il Caravaggio
Autres partenaires de diffusion : Le Quartz / Scène nationale de Brest, L’Équinoxe / Scène nationale de Châteauroux, MC2: Maison de la Culture de Grenoble / Scène nationale
Ce spectacle bénéficie du soutien de la Caisse des Dépôts et Consignations, mécène principal de la co[opéra]tive

Note d’intention

Dès le prologue, où des ouvriers secondés par Minerve et les génies des Arts se pressent de finir le décor pour que la représentation puisse commencer, jusqu’à l’Orfeo – petit opéra dans l’opéra en italien- il nous a plu de sentir que les auteurs jouaient avec la forme opératique toute comme ils jouaient avec les attentes du public de l’époque. Comment ne pas s’interroger sur les intrusions dansantes des barqueroles et autres bohémiens qui stoppent net les protagonistes dans leur effusions sentimentales ? Comment ne pas être attirés par ce stupéfiant prologue et cette mise en abîme du théâtre dans le théâtre ? Comment aussi de pas s’amuser d’une déesse transformée en régisseuse de plateau ?

Le carnaval de Venise (la fête) a été relancé très récemment, et de ces réactivations touristiques et kitch nous avons retenu le foisonnement des éléments de mercerie : dentelles,  rubans nacrés, glands dorés. Il nous a plu de convoquer toutes ces matières pour venir les déposer sur une multitude de sphères de toutes tailles, un peu comme une réduction anamorphosée du carnaval. Au centre du plateau, un labyrinthe circulaire -faisant aussi écho au système solaire et aux orbites des planètes- nous offre de multiples possibilités pour composer l’espace du plateau et les trajectoires des protagonistes. Des glands géants, éléments de mercerie dont nous aimons et la forme et le nom, descendent également des cintres pour venir figurer l’intérieur de la salle des réduits et redessiner l’espace de la scène.

Dans notre projet, La danse n’est pas convoquée comme une simple figuration de la liesse, pas plus qu’elle n’est baroque. Cinq polichinelles rieurs, bossus et ventrus -tels que ceux peints par Tiepolo- sont au cœur du travail chorégraphique que nous allons développer avec Sylvain Prunenec. Nous les imaginons formant une petite tribu, parfois lascifs et rêveurs -ou même endormis- parfois dansants et envahissants, ils sont présents en permanence au plateau ou dans sa périphérie : la fosse, les gradins, ou encore le hall du théâtre à l’entracte. Comme autant de traits d’unions avec le XVIIème siècle ces polichinelles n’ont jamais quitté le lieu de la représentation. Ils y vivent, y dorment et y dansent depuis bien longtemps… Tour à tour acteurs et spectateurs de la pièce, ils s’amusent à multiplier les niveaux de lectures, tout comme Campra et Regnard mettent en abîme le prologue ou le mini Orfeo.

Les opéra ballets furent des divertissements créés en réaction à la gravité et parfois la lourdeur des tragédies lyriques. Nous avons, avec Camille Delaforge, l’envie commune de retrouver cet esprit joyeux et cet enchantement, mais aussi la porosité qui existait alors entre la salle et la scène. Nos polichinelles  tiendront ce rôle, tout comme les chanteurs qui, à l’entracte et avec la complicité de Camille, quitteront le plateau pour venir interpréter dans les halls des théâtres des chants traditionnels napolitains dont ils sont par ailleurs coutumiers.

Puisant comme à notre habitude dans le grand corpus visuel de l’histoire de l’art des éléments qui nous sont chers pour les modifier, les simplifier, les faire nôtres, nous imaginons avec délice les silhouettes blanches de ces polichinelles, ou encore les motifs des arlequins de la commedia dell’arte.  Ces figures et motifs archétypaux appartiennent encore aujourd’hui à notre imaginaire commun, et nous souhaitons librement nous les réapproprier pour mieux réinventer le jeu, l’humour et la beauté que le carnaval de Venise offrait à ses contemporains.

Yvan Clédat et Coco Petitpierre